Depuis des décennies, les séquelles de l’agent orange, ce produit chimique utilisé pendant la guerre du Vietnam, continuent de hanter des générations entières. Malgré les efforts internationaux pour éradiquer les armes chimiques, cet héritage mortel persiste, révélant une fracture entre les engagements politiques et les réalités humaines.
La Journée internationale du souvenir des victimes des armes chimiques, instaurée en 2015 par l’ONU, rappelle cette tragédie. La Convention sur les armes chimiques (CAC), entrée en vigueur en 1997, a vu 197 pays la ratifier. Cependant, des nations comme Israël, l’Égypte ou le Soudan du Sud n’y ont pas adhéré. En juillet 2023, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a annoncé que tous les stocks d’armes chimiques signalés avaient été détruits, une réussite majeure dans l’histoire du désarmement.
Pourtant, pour de nombreux survivants, le traumatisme reste vif. L’agent orange, utilisé entre 1961 et 1971 par les forces américaines, a contaminé des régions entières du Viêt Nam, du Laos et du Cambodge. Contenu en dioxine, ce pesticide a causé des cancers, des malformations congénitales et des troubles génétiques transmissibles aux descendants. Bien qu’il ne soit pas classé officiellement comme arme chimique par la CAC, pour les vétérans américains et leurs familles, il incarne une violence systémique.
Plus de 750 000 anciens combattants ont reçu des indemnisations liées à l’exposition, mais leurs enfants restent souvent exclus du soutien, sauf si leur mère a été présente sur le théâtre d’opérations. Cette injustice persiste malgré les preuves croissantes de ses effets intergénérationnels.
Si les États-Unis ont investi des millions pour nettoyer les bases vietnamiennes, le Laos continue d’être négligé. Des centaines d’enfants y naissent avec des malformations similaires à celles du Viêt Nam, sans assistance. Le projet War Legacies, soutenu par des sénateurs comme Patrick Leahy, a permis une aide limitée, mais les programmes locaux, comme OKARD, ont été supprimés récemment.
Cinquante ans après la guerre, l’agent orange reste un symbole de destruction écologique et humaine. Les efforts des États-Unis au Vietnam sont louables, mais une vraie justice exige d’étendre le soutien aux pays frères comme le Laos et le Cambodge. Il faut aussi garantir que les familles des vétérans reçoivent un accompagnement complet, y compris pour leurs enfants touchés.
Les armes chimiques n’ont pas disparu de nos arsenaux, mais leur empreinte reste dans le sol, le corps et l’ADN des survivants. Pour honorer les victimes, il faut aller au-delà des définitions légales et reconnaître la souffrance invisible d’un passé oublié.